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Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924

Erckmann et Chatrian

Les deux écrivains qui ont donné leur nom au Comité, puis au Prix

Deux hommes, une seule signature : pendant quarante ans, Émile Erckmann et Alexandre Chatrian ont publié sous un nom double des contes, des romans et des pièces lus dans toute la France. Le Prix qui porte leurs noms depuis 1924 leur doit bien quelques lignes.

Émile Erckmann (1822-1899)

Né à Phalsbourg le 20 mai 1822, mort à Lunéville le 14 mars 1899.

Fils d'un libraire de Phalsbourg, Émile Erckmann passe son baccalauréat à Nancy puis part étudier le droit à Paris en 1842. Malade, il revient au pays en 1845 et n'en partira plus guère : c'est l'homme de la plume et de la terre natale, attaché à sa petite ville fortifiée, à ses paysages et à ses gens, qui nourrissent toute l'œuvre commune.

Après l'annexion de 1871, Phalsbourg devient allemande. Erckmann partage dès lors sa vie entre sa ville, où il revient avec l'autorisation des autorités, et la France. En 1889, il s'installe à Lunéville, où il meurt dix ans plus tard. Seul après la rupture, il publie encore plusieurs livres sous son nom, dont les Fables alsaciennes et vosgiennes (1895).

Alexandre Chatrian (1826-1890)

Né au Grand-Soldat (Soldatenthal), à Abreschviller, le 18 décembre 1826, mort à Villemomble le 3 septembre 1890.

Issu d'une famille de verriers, Louis-Alexandre Chatrian travaille d'abord en Belgique, puis devient maître d'études au collège de Phalsbourg : c'est là qu'il rencontre Erckmann, en 1847. En 1852, il entre à la Compagnie des chemins de fer de l'Est, à Paris, où il fera toute sa carrière jusqu'en 1884.

C'est l'homme de Paris : il traite avec les éditeurs, à commencer par Hetzel, et porte les romans à la scène. Le théâtre lui doit les grands succès du duo, comme L'Ami Fritz à la Comédie-Française (1876) et Les Rantzau (1882). Il meurt malade, trois ans après la rupture.

« Les deux plumes jumelles »

Caricature : Erckmann en bonnet de nuit et en sabots écrit, Chatrian penché derrière lui
« Erckmann-Chatrian, par Gill », L'Éclipse, 20 février 1876. Musée Carnavalet – Histoire de Paris.

La collaboration naît à Phalsbourg en 1847 et dure quarante ans. Le partage des rôles s'installe vite : Erckmann invente et écrit les récits, Chatrian les relit, les place chez les éditeurs et les adapte pour le théâtre. Pierre Larousse les appelle « les deux plumes jumelles » ; le public, lui, ne connaît qu'un auteur, « Erckmann-Chatrian ».

Le succès vient avec L'Illustre Docteur Mathéus (1859), puis s'emballe dans les années 1860 : Le Fou Yégof (1862), Madame Thérèse (1863), L'Ami Fritz et Histoire d'un conscrit de 1813 (1864), Waterloo (1865), Histoire d'un paysan (1868-1870). Ces « romans nationaux » prennent pour héros des gens du peuple, un apprenti horloger enrôlé de force, une cantinière, un paysan, et racontent la Révolution et les guerres de l'Empire vues d'en bas, du côté de ceux qui les subissent. Loin de la légende napoléonienne, ils montrent un empereur qui saigne les villages pour sa gloire. Cette aversion pour Napoléon, leur pacifisme et leur républicanisme leur valent la défiance du Second Empire.

La Troisième République en fait des classiques : on les lit en classe, on y prend des dictées, et des générations d'écoliers ont appris le français avec eux.

La rupture

L'association se défait à la fin des années 1880, sur une question d'argent. Chatrian gérait seul les droits tirés du théâtre. En 1887, il reconnaît avoir payé de sa propre initiative des collaborateurs extérieurs pour les adaptations, sur les droits communs, et rembourse à Erckmann la part qui lui revenait. La confiance de quarante ans n'y résiste pas.

La brouille devient publique en août 1889, dans la presse, et s'achève devant les tribunaux, qui donnent raison à Erckmann en mars 1890. Chatrian, gravement malade, est mis hors de cause.

Chatrian meurt quelques mois plus tard, le 3 septembre 1890, sans que les deux hommes se soient réconciliés. La signature commune, elle, leur a survécu.

Du nom double au Prix

C'est cette signature commune, et non l'un ou l'autre des deux hommes, que reprend la Société Erckmann-Chatrian, devenue le Comité, à sa fondation à Nancy à la veille de la Grande Guerre, puis le Prix à sa création en 1924. Un hommage à deux écrivains qui ont fait connaître la Lorraine bien au-delà de ses frontières. L'histoire du Comité et du Prix est racontée dans la page Histoire.

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