Aller au contenu
Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924
Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 2010

Région Grand Est

Portrait d’Élise Fontenaille – Goncourt lorrain

jeudi 21 août 2014


En lançant la vidéo, vous chargez le lecteur de YouTube.

Portrait d’Élise Fontenaille, de Saint-Germain-des-Prés au lycée de Gérardmer. Elle raconte ses débuts « arrivée par la poste », son émotion devant le prix Erckmann-Chatrian, décerné selon elle « à la petite fille que j’étais à Nancy », et son projet de La Force noire, sur son arrière-grand-père le général Mangin.

[Ouverture : lecture d’un extrait de l’un de ses romans, sur fond d’images d’îles du Pacifique.]

Jacques Pradel [extrait radio, « L’Heure du crime »] : « Bonjour, et merci d’avoir accepté notre invitation. Vous venez de publier un livre consacré à la première tuerie antiféministe jamais commise dans le monde. Un roman ? »

Élise Fontenaille : « C’est un récit, en fait. L’Homme qui haïssait les femmes, c’est une enquête. Je pense qu’il a voulu tuer ses sœurs symboliques, celles qui avaient réussi là où lui avait échoué, en fait. […] Il ne pouvait pas tuer sa mère symbolique. Pour moi, c’est vraiment mon analyse, après tout le temps que j’ai passé en compagnie de Marc Lépine et de ses victimes. »

Commentaire : Balade littéraire dans un Paris pressé. Élise Fontenaille trouve refuge dans une ruelle de Saint-Germain-des-Prés, épicentre de l’activité littéraire française. Ici, l’écrivain semble chez elle. C’est l’apanage des maisons d’édition, bien sûr : Grasset-Fasquelle, un éditeur historique, lui ouvrit les portes de sa vie d’auteur en 1997, année de parution de son premier roman.

Élise Fontenaille : « J’avais dit à tout le monde que j’allais écrire un roman qui s’appelait La Gommeuse, et là je me suis dit : arrête de parler à tort et à travers ; ce que tu dis, tu le fais jusqu’au bout. Je me suis enfermée au hammam de la Mosquée pendant un an […]. Et puis le matin, j’allais au Flore à 7 heures, j’écrivais pendant quatre heures. Et je l’envoie, je le dépose à pied dans les boîtes aux lettres, et je réalise que je ne connaissais rien à l’édition, que toutes les maisons d’édition sont dans un périmètre de cent mètres autour du Flore, et je ne le savais pas du tout ! J’étais complètement ignorante du milieu de l’édition. Sept coups de fil ou lettres d’acceptation… Didier Decoin voulait me donner le Goncourt, c’est fou, quoi ! C’est fou, c’est excessif, parce que c’était mon premier texte. Je ne suis pas Victor Hugo, il ne faut pas exagérer non plus, mais c’était fou, c’était partout, tout d’un coup. Et ma grande fierté, c’était d’être arrivée par la poste, parce que j’ai été élevée dans cette espèce [d’idéal] républicain où l’on n’a aucun piston, enfin, aucun contact. J’ai toujours fait ce que j’ai fait sans aucun piston. »

Commentaire : Puis vient le hasard d’une prestigieuse rencontre, sur un bout de trottoir usé par les pas des géants de la littérature : l’un d’eux, Patrick Rambaud, prix Goncourt 1997, est là. […] Un autre temple, une autre histoire, les éditions Calmann-Lévy, comme une branche de plus à l’arbre Fontenaille. Signature de feuilles volantes pour les critiques : l’auteur est en campagne pour son nouveau roman, Le Palais de mémoire.

L’esprit comme le corps toujours en mouvement, Élise Fontenaille écrit là où la pensée éclôt. C’est donc tout naturellement qu’elle revient sur sa terre natale, la Lorraine, où sont plantées les racines de ses rêves d’écrivain. C’est une région qui vient de l’auréoler du fameux prix Erckmann-Chatrian, et où elle espère accoucher d’une prochaine œuvre.

Élise Fontenaille : « Ce qui m’a fait très, très plaisir, c’est d’avoir le prix Erckmann-Chatrian. J’étais super émue, en fait. Je me suis dit que ce prix est décerné à la petite fille que j’étais à Nancy, qui toute petite rêvait d’être écrivain. Donc c’est vraiment à elle que j’ai décerné ce prix-là, franchement. Donc oui, ça me touche, parce que ce sont les premières années de la vie, c’est là qu’on a toutes ses émotions, ses impressions. Là, je vais aller en résidence d’écriture dans les Vosges, normalement c’est prévu, je suis en repérage, et je vais écrire La Force noire, en clin d’œil au best-seller de mon arrière-grand-père, le général Mangin, qui est indirectement à l’origine de ma vocation d’écrivain. Une histoire familiale complexe, comme on en a tous et toutes, et que je vais raconter dans La Force noire. Voilà. Donc c’est un peu le retour aux sources, quand même, d’une certaine façon. Oui. »

Commentaire : Et face à ces lycéens géromois, Élise Fontenaille se raconte sans pudeur, sans détour, et fait décoller ses mots devant une jeunesse curieuse de son parcours.