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Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924
Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1924

L'Éclair de l'Est

Les obsèques de M. Léopold Bouchot

vendredi 12 mai 1933 · p. 2


Les obsèques de M. Léopold Bouchot, directeur de la Cité universitaire, ancien directeur de l'école Braconnot, membre de l'Association des écrivains lorrains et associé-correspondant de l'Académie de Stanislas, ont été célébrées hier matin, devant une très nombreuse assistance.

A l'issue d'un service funèbre en l'église Saint-Mansuy, l'inhumation eut lieu au cimetière de Préville.

La levée du corps avait été faite à 10 heures, au château de Montbois, qui est le cœur de la Cité, par M. le chanoine Beaujean, aumônier de l'Institution Saint-Joseph, et l'absoute donnée par M. l'abbé Henry, curé de Ménil-la-Tour, ami du défunt.

Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Bugnon, président du conseil d'administration de la Cité universitaire, Robardelle, membre de la Chambre de commerce, Dubas, président de l'Association des Anciens élèves de l'École normale, Pierre Boyé, président de l'Association des écrivains lorrains, Roset, président de l'Association générale des étudiants, et Noizet, représentant les étudiants de la Cité.

Et l'on remarquait dans le cortège MM. le recteur Bruntz, Fauconnier, chef du cabinet du préfet, l'adjoint Noël, représentant la municipalité, Senn, doyen de la Faculté de droit, Laurent, doyen de la Faculté de pharmacie, Louis Sadoul, Marcel Maure et Michon, représentant l'Académie de Stanislas, Dauphin, conseiller général, Riston, président du Syndicat d'initiatives, Derobe et le docteur Zuber, conseillers municipaux, Chardot, membre de la Chambre de Commerce, Paul Sordoillet, directeur de L'Éclair de l'Est, Henry Brun, président de la Société Industrielle de l'Est, Billonnet, directeur et Toussaint, ancien directeur de l'École normale, le R. P. Lejosne, Didelon, agent général de la Caisse d'épargne, Millot, directeur de l'École professionnelle de l'Est, le chanoine Fiel, Bourgon, architecte de la Cité universitaire, Marot, archiviste départemental, Maurice Garçot, Vogné, adjoint au maire de Neuves-Maisons, Varoquaux, directeur de l'École primaire supérieure de garçons, Moré, secrétaire de l'Académie, Bertrand, secrétaire des Facultés de droit et des lettres, une délégation d'étudiants (le drapeau de l'A. était là, bien entendu) et une délégation de normaliens.

Deux landaus chargés de fleurs précédaient le char funèbre.

Devant la tombe, M. le recteur Bruntz, rendit les derniers devoirs et adressa un suprême adieu au défunt dont il rappela les mérites.

M. le recteur Bruntz, souligna en particulier l'activité que M. Bouchot déploya en tant que directeur de la Cité universitaire et il dit à ce propos :

« Il y a trois ans, la Cité universitaire ne comprenait que le vieux château de Montbois. Tout était donc à faire : la construction, l'aménagement, le peuplement. Courageusement, Léopold Bouchot se mit à l'œuvre. Il ne fut ni l'inspirateur, ni le réalisateur mais il n'en fut pas moins l'importante cheville ouvrière grâce à laquelle l'œuvre a pu être menée à bonne fin, surveillée, contrôlée, animée. Et sa tâche, il l'a accomplie avec sa modestie coutumière, un dévouement inégalable, un zèle jamais ralenti, un souci d'organisation fort louable, un esprit d'économie digne d'éloges, et quoiqu'on en ait dit, un désintéressement sans pareil.

« Léopold Bouchot était animé d'un bel enthousiasme pour la jeunesse, il avait animé ses petits élèves de l'école primaire, il chérissait ses grands étudiants qui, peut-être, ne l'ont pas toujours compris. Il était entré dans les vues du conseil d'administration quand nous lui avions demandé de ne pas faire seulement de la Cité une maison où l'on distribue le boire, le manger et le dormir, mais un véritable foyer agréable à habiter, certes, mais où les jeunes gens trouveraient l'appui, le conseil et le réconfort que la famille ne pouvait leur procurer absente. Léopold Bouchot remplit ses fonctions avec une scrupuleuse fidélité. Il fut alors pour tous, un directeur actif, ferme, sympathique, averti, à la franchise un peu rude, immédiatement tempérée par une naturelle bonté. Il fut, pour les étudiants, aux heures faciles et difficiles, un conseiller judicieux, un soutien continu, un appui sûr, et, quelquefois, oserais-je le dire, un banquier facile.

« Léopold Bouchot meurt après s'être donné à l'œuvre de la Cité, l'Université lui dit une reconnaissance sans bornes, mais n'est-il pas triste de voir tomber le travailleur avant la fin de la journée, quand la tâche commencée n'est pas encore achevée, quand on s'est fixé un programme de réalisation et qu'on veille jalousement sur son exécution.

« Léopold Bouchot meurt après une vie marquée dès le début jusqu'à la fin par un travail opiniâtre, par un labeur ardu, par une activité incessante.

« Léopold Bouchot meurt dans l'ardeur de son apostolat, terrassé par une courte maladie, mais aussi par le surmenage intense auquel, par excès de scrupule, il s'était astreint avec tant de bonne volonté. Lorsque, un des matins derniers, la nouvelle de son trépas se répandit avec promptitude dans la ville, il me fut agréable de constater que chacun, sans réserve louait les mérites de celui qui n'est plus. Et tous ces dires constituaient un concert de louanges à l'adresse du défunt qui emporte tous nos regrets, et dont la fin prématurée arrache des larmes à ceux qui le connurent et l'aimèrent. Puissent ces faits atténuer la douleur de ses proches, de sa digne et courageuse compagne, de ses enfants dépositaires de l'honneur et des traditions familiales, et auxquels nous offrons l'hommage de notre profonde affliction.

« Par un matin de printemps, Léopold Bouchot quitte cette terre, alors que sa Cité universitaire, qu'il rêvait toujours plus belle, se pare des fleurs qu'il avait voulu abondantes, qu'il chérissait toutes, et qu'il soignait avec dévotion. Au moment de l'ultime séparation, nous faisons le serment de conserver précieusement et pieusement la mémoire de cet homme de devoir, de cet homme de bien. Nous ne saurions lui rendre un plus bel hommage ! »

Nous renouvelons à la famille nos bien vives condoléances.